Dans l’Évangile, la rencontre entre Jésus et le jeune homme riche est souvent comprise comme l’histoire d’un homme qui refuse de devenir disciple. Attaché à ses biens, il choisit de repartir plutôt que de suivre Jésus. Cette lecture est juste, mais elle est insuffisante. Car cette péricope ne s’adresse pas seulement à ceux qui hésitent à entrer dans la foi. Elle interpelle aussi, de manière directe, celles et ceux qui sont déjà engagés dans l’Église et appelés à une fidélité à la vérité exigeante.
Le jeune homme riche : une parole adressée aussi aux chrétiens engagés
Quand nous entendons ce texte en tant que chrétiens, nous risquons de nous en exclure trop vite. Pourtant, le jeune homme riche n’est pas loin de nous. Ses biens ne sont pas forcément matériels. Ils peuvent être une position, une fonction, un salaire, une reconnaissance, une réputation. Autant de sécurités qui rendent la fidélité à la vérité plus coûteuse que prévu.
Le silence n’est jamais neutre dans l’Église
Dans la vie ecclésiale, il arrive que nous voyions clairement ce qui n’est pas conforme à l’Évangile. Des divisions entretenues. Des paroles ou des décisions qui blessent. Des compromis avec la vérité au nom de la paix apparente ou de l’efficacité institutionnelle. Mais dire la vérité expose. Cela peut faire perdre une place, une influence, un emploi, une crédibilité. Alors on se tait. Ou on relativise. Ou on se convainc qu’il vaut mieux rester en poste pour « influencer de l’intérieur », quitte à affaiblir notre fidélité à la vérité.
Mais l’Évangile ne connaît pas la neutralité. On n’est jamais simplement « prudent ». Lorsqu’on n’est pas du côté de la vérité, on se place nécessairement du côté du mensonge. Il n’y a pas de zone grise confortable, pas de piédeur acceptable. La fidélité à la vérité exclut toute neutralité.
Jésus et la fidélité à la vérité, au-delà de la réputation
Jésus, lui, n’a jamais été attaché à sa réputation. Nos postes, nos rôles, nos fonctions tiennent souvent à une image de respectabilité, à une réputation de bon gestionnaire ou de personne équilibrée. Jésus n’a protégé qu’une seule chose : sa fidélité à la vérité et sa fidélité à Dieu. Il accepte d’être mal compris, caricaturé, jugé.
Les Évangiles en témoignent clairement. On rejette Jean-Baptiste parce qu’il est trop austère. On rejette Jésus parce qu’il mange et boit avec les pécheurs. On le traite de glouton et d’ivrogne. On le critique parce qu’il guérit le jour du sabbat. Parce qu’il laisse ses disciples arracher des épis. Parce qu’il pose des gestes qui contredisent les attentes religieuses et sociales. À aucun moment Jésus n’essaie de corriger son image publique pour préserver sa réputation plutôt que sa fidélité à la vérité.
Perdre même ses disciples pour rester fidèle à la vérité
Le moment le plus frappant reste peut-être son discours sur le pain de vie. Lorsqu’il affirme que sa chair est une vraie nourriture, beaucoup sont scandalisés. La foule s’en va. Même parmi ses disciples, plusieurs le quittent. Jésus ne recule pas. Il ne reformule pas pour retenir les gens. Il se tourne vers les Douze et leur demande s’ils veulent partir eux aussi. Jésus est prêt à perdre ses propres disciples pour demeurer fidèle à la vérité.
Leadership chrétien : la fidélité à la vérité plutôt que la sécurité
C’est cela, suivre le Christ. Non pas protéger nos acquis ecclésiaux, mais demeurer fidèles à la vérité, coûte que coûte. Pour les leaders d’Église, la question est incontournable. Sommes-nous prêts à perdre ce qui nous sécurise pour rester dans une réelle fidélité à la vérité? Ou préférons-nous conserver nos positions au prix du silence?
Le jeune homme riche repart triste parce qu’il avait beaucoup à perdre. La question demeure pour chacun de nous : qu’est-ce que nous refusons encore de lâcher pour suivre Jésus jusqu’au bout, dans une fidélité entière à la vérité?



